6 janv. 2026

Catastrophes climatiques : la face cachée des pertes économiques

ACTU

Catastrophes climatiques : ce que les chiffres ne disent pas.

 

Chaque année, les bilans des catastrophes climatiques font la une[i].
En 2025, plusieurs rapports ont ainsi mis en avant un recul de la facture mondiale, certes toujours supérieure à 200 milliards de dollars, mais en baisse par rapport aux années précédentes. À première vue, une bonne nouvelle.

 

À y regarder de plus près, cette lecture est trompeuse. Car ces chiffres, aussi impressionnants soient-ils, ne mesurent qu’une partie très limitée de la réalité économique des dérèglements climatiques.

 

Des pertes assurées… pas des pertes réelles

 

Premier biais majeur : les montants mis en avant correspondent principalement aux pertes assurées, c’est-à-dire aux indemnisations versées par les assureurs et les réassureurs. Ils ne reflètent pas les pertes économiques totales subies par les entreprises, les collectivités et les ménages.

Sont largement absents de ces bilans :

  • les dommages non assurés,

  • les franchises,

  • les plafonds d’indemnisation,

  • les pertes d’exploitation,

  • les interruptions d’activité,

  • les coûts de remise en route,

  • ou encore les pertes indirectes le long des chaînes de valeur.

 

Or, à l’échelle mondiale, près de la moitié des pertes liées aux catastrophes climatiques ne sont pas couvertes par l’assurance. Ce « insurance gap » est bien documenté par les réassureurs et les institutions internationales, et il est souvent encore plus élevé pour les petites entreprises.

Autrement dit, un euro de perte assurée en cache souvent un autre, bien réel, invisible dans les statistiques, mais bien visibles dans les cash-flows des entreprises !

 

Un contexte assurantiel de plus en plus restrictif

 

Deuxième élément clé : le contexte assurantiel lui-même évolue rapidement, ce qui fausse la comparaison d’une année sur l’autre.

Depuis plusieurs années, on observe :

  • une hausse marquée des franchises,

  • des indemnités de plus en plus plafonnées,

  • l’exclusion de certains périls dans les contrats multirisques,

  • une tarification très différenciée selon les zones et les profils,

  • voire le retrait pur et simple de l’assurance dans certaines régions ou pour certains assurés.

Dans ce contexte, une baisse apparente des pertes assurées ne signifie pas nécessairement une baisse des impacts climatiques. Elle peut aussi traduire une réalité plus préoccupante : une part croissante des dommages n’est tout simplement plus assurable.

 

Une tendance de fond qui ne faiblit pas

 

L’évolution du climat ne s’analyse pas d’une année à l’autre mais a minima sur plusieurs années. Les chiffres sont plutôt clairs : les fluctuations annuelles ne remettent pas en cause la tendance de long terme. Sur les vingt dernières années, le coût des catastrophes climatiques augmente en moyenne de 5 à 7 % par an.

 

Cette hausse structurelle s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs bien connus : intensification des événements, urbanisation, concentration de valeur exposée, dépendance accrue des économies aux infrastructures et aux chaînes logistiques.

 

Autrement dit, le risque climatique physique ne recule pas. Il se transforme, se diffuse et s’ancre durablement dans l’économie réelle.

 

La partie immergée de l’iceberg

 

Les ouragans, incendies géants ou inondations majeures font la une. Mais ils ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

 

Mais chaque année, ce sont des millions d’événements climatiques locaux — vagues de chaleur, sécheresses, gels tardifs, ruissellements urbains, vents violents — qui affectent silencieusement les entreprises.

 

Ces événements sont rarement médiatisés. Pourtant, leurs conséquences sont lourdes.
Les études montrent que près de 40 % des petites et moyennes entreprises touchées par un événement climatique majeur ferment définitivement lorsqu’elles ne sont ni préparées ni accompagnées.

 

Le risque climatique n’est donc pas seulement spectaculaire. Il est diffus, quotidien et profondément économique.

 

L’adaptation n’est plus une option

 

Dans ce contexte, une évidence s’impose : l’assurance ne pourra pas être la seule réponse. Elle ne fonctionnera pas indéfiniment pour celles et ceux qui n’investissent ni dans la prévention, ni dans l’adaptation.

 

Le risque majeur n’est plus l’événement climatique lui-même, mais l’inaction : ne pas anticiper, ne pas mesurer, ne pas décider. L’adaptation devient ainsi une nécessité stratégique, au même titre que la gestion des risques financiers, industriels ou opérationnels.

 

De la connaissance à l’action

Pour agir, encore faut-il savoir.
Savoir où se situent les risques, comment ils évoluent, et surtout ce qu’ils coûtent réellement.

 

C’est tout l’enjeu des nouvelles approches qui consistent à traduire les risques climatiques physiques en termes financiers compréhensibles et actionnables : pertes attendues, interruptions d’activité, coût de l’inaction, retour sur investissement de l’adaptation.

 

Car c’est à cette condition — décider en euros pour agir — que l’adaptation cesse d’être perçue comme une contrainte et devient un levier de résilience et de création de valeur.

 

En résumé

 

Les chiffres des catastrophes climatiques sont indispensables.
Mais pris isolément, ils peuvent donner une illusion de maîtrise.

Les pertes assurées ne racontent qu’une partie de l’histoire.
La réalité économique du risque climatique est plus large, plus diffuse et déjà bien là.

 

Dans un monde où les aléas s’intensifient et où l’assurance se rétracte, l’anticipation et l’adaptation ne sont plus un luxe. Elles deviennent une condition de survie économique, mais aussi — et surtout — une opportunité stratégique pour créer de la valeur dans un monde plus incertain.

 

 




[i] How much do climate change disasters cost in 2025?

The top 10 climate disasters cost the world billions in 2025.

https://www.christianaid.org.uk/news/policy/how-much-do-climate-change-disasters-cost-2025